Un prompt n’est pas une incantation, c’est une fiche de tournage. Il décrit un lieu, une lumière, un geste et un cadrage, et il évite une liste de pièges connus. Cette leçon donne la méthode d’écriture et les défauts qui trahissent une image générée, par ordre d’importance.
1. Les cinq blocs d’un prompt qui tient
Un prompt utile se lit comme un plan de tournage, dans cet ordre. Ce qui n’est pas écrit sera inventé, et ce qui est inventé change à chaque génération.
- 01Le décor, mot pour mot
Le lieu, décrit en phrases, avec ses objets réels : le type de pièce, le mobilier, ce qui traîne. Ne laissez jamais le modèle choisir le lieu, sinon vos vingt images se passeront dans vingt appartements différents.
- 02La lumière
Source, direction, température, heure. « Lumière de fenêtre côté gauche, fin d’après-midi » produit une série cohérente ; « belle lumière » ne produit rien.
- 03L’action
Un geste précis, et surtout visible à l’image. Voir la section 3, c’est le point qui fait la différence entre une photo et une pose.
- 04Le cadrage
Plan large, plan taille, gros plan, et la hauteur de l’appareil. La hauteur est ce qui donne le sentiment d’une vraie photo prise par quelqu’un.
- 05Le rendu
Le type d’appareil ou de rendu recherché, et surtout la liste de ce que vous ne voulez pas voir : les esthétiques de démonstration, les fonds flous artificiels, les rendus trop propres.
2. La règle du regard : le défaut numéro un
Le défaut qui trahit le plus une image générée n’est pas une main ratée. C’est le regard vide : la personne ne regarde ni l’objectif, ni ce qu’elle est en train de faire. Elle fixe un point qui n’existe pas, et le cerveau du lecteur le remarque avant même d’avoir identifié pourquoi.
Deux directions résolvent le problème, et il faut en choisir une explicitement à chaque image.
- Le regard caméra assumé. Elle regarde l’objectif. C’est franc, c’est lisible, et cela fonctionne particulièrement bien en gros plan. En pratique, viser environ la moitié d’un lot.
- Le regard ancré sur l’action. Elle regarde la tasse qu’elle tient, l’écran qu’elle lit, la personne hors champ à qui elle parle. Il faut alors que l’objet regardé soit visible dans le cadre.
Tout le reste, y compris le fameux regard « rêveur au loin », produit une image morte neuf fois sur dix.
3. L’action doit être vérifiable à l’image
Une micro-action n’a de valeur que si l’on peut la constater. « Elle ajuste sa manche » donne des mains qui ne font rien, posées dans le vide. « Elle tient une tasse à deux mains », « sa main est posée sur la rampe », « elle a le bras enfoncé dans un sac » donnent des mains occupées, donc crédibles.
Corollaire utile et sous-estimé : les mains hors cadre sont une stratégie valide. Un plan taille où les mains sortent du champ supprime d’un coup le défaut le plus coûteux à réparer. Ce n’est pas de la triche, c’est du cadrage.
4. Les objets à risque, par ordre de danger
Certains objets échouent presque systématiquement. Les connaître permet de les éviter à l’écriture plutôt que de les découvrir à la curation.
| Objet ou situation | Ce qui rate | La parade |
|---|---|---|
| Objet dans la bouche | Paille, stylo, cigarette : la jonction avec les lèvres et les dents part en bouillie | Tenir l’objet à la main, à distance du visage |
| Téléphone tenu en main | Moitié de téléphone, caméras du mauvais côté, écran incohérent, doigts fusionnés | Téléphone posé, écran éteint, ou hors champ |
| Texte proche de l’objectif | Étiquettes, livres, panneaux, écrans : le texte devient du charabia dès qu’il est lisible | Éloigner, flouter, ou choisir des objets sans texte |
| Électroménager complexe | Machine à café, plaques, robots : boutons inventés, formes impossibles | Cadrer plus serré, ou choisir un objet simple |
| Nourriture au premier plan | Textures fausses, portions incohérentes, couverts dupliqués | Assiette au second plan, ou plan déjà terminé |
| Miroir et reflets | Le reflet ne correspond pas à la scène, ce qui se voit immédiatement | Éviter, ou cadrer de manière que le reflet soit hors champ |
5. Les vêtements : la logique avant le style
Deux défauts vestimentaires reviennent et ils sont plus visibles que la peau. Le premier est le vêtement sans logique : une veste à une seule manche, deux pièces fusionnées, une bretelle qui n’aboutit nulle part. Le second est le vêtement trop neuf : des habits qui n’ont jamais été portés, sans un pli, sans une usure.
L’écriture doit donc préciser la matière, l’état et le porté. « Sweat en coton porté, col détendu, manches remontées » produit un vêtement qui a vécu. « Beau sweat blanc » produit un vêtement de catalogue.
Rappel de la leçon précédente : les vêtements amples et fermés effacent la silhouette, qui fait partie de l’identité du personnage. Un vêtement oversized se porte ouvert, ou cintré à un endroit.
6. Prompt positif, prompt négatif : une confusion répandue
Beaucoup de méthodes recopiées d’un modèle à l’autre consacrent la moitié de leur énergie à un prompt négatif. Sur les modèles rapides à faible guidage, qui sont ceux qu’on utilise pour produire en volume, ce prompt négatif est quasiment inerte : il ne change presque rien au résultat.
Sur ces modèles, tout doit être dans le prompt positif. Ce que l’on ne veut pas voir s’exprime donc en formulant ce que l’on veut voir à la place : au lieu d’interdire un fond flou, on décrit le mur, l’étagère et ce qui est posé dessus. C’est plus long à écrire, et c’est la seule méthode qui produise un effet.
7. Le désordre vécu : le détail qui fait basculer
Un intérieur parfaitement rangé est le signe le plus fiable d’une image fabriquée. Personne ne vit dans un décor de showroom. Un désordre spécifique et banal rend une scène crédible instantanément : un étendoir déplié dans le salon, une chaussette au sol, une tache sur le plan de travail, la chaise couverte de vêtements, un chargeur qui pend.
Le mot important est spécifique. « Pièce en désordre » ne produit rien d’exploitable. « Étendoir déplié devant la fenêtre, deux serviettes dessus » produit une scène. Et ce désordre, une fois choisi, devient un élément récurrent du décor de vie du personnage, donc de son identité.
8. Le critère d’acceptation, à fixer avant de générer
Une image se juge au format où elle sera vue : un fil sur un téléphone, que l’on fait défiler. Pas à 400 % de zoom sur un écran d’ordinateur. À l’échelle réelle, l’immense majorité des défauts repérés au zoom sont invisibles, et une vraie photo prise au téléphone a elle aussi ses défauts quand on l’agrandit.
Poser ce critère avant de produire évite deux pertes de temps symétriques : jeter des images parfaitement publiables parce qu’on les a examinées de trop près, et publier des images ratées parce qu’on ne les a jamais regardées au bon format. La méthode de tri complète, avec la distinction entre les défauts qui tuent et les imperfections qui font vrai, est dans la leçon 09.